Coefficient de marée : comment le lire et à quoi il sert
Le coefficient de marée chiffre l'amplitude d'une marée de 20 à 120. Origine, calcul par le SHOM à Brest, lecture correcte et limites de l'indicateur.

Le coefficient de marée chiffre l’amplitude d’une marée sur une échelle allant de 20 à 120. En dessous de 70, la mer bouge peu : ce sont les mortes-eaux. Au-dessus, les vives-eaux découvrent largement l’estran. Le SHOM calcule ce nombre à partir du port de Brest.
Un rapport, pas une hauteur d’eau
Le nombre affiché sur un calendrier de marées ne mesure aucune profondeur. Il compare le marnage du jour, autrement dit l’écart entre une pleine mer et la basse mer qui suit, à une valeur de référence propre au port de calcul.
Le calcul retenu par le Service hydrographique et océanographique de la marine tient en trois termes : la hauteur de pleine mer moins la hauteur de basse mer, divisée par l’unité de hauteur du port, le tout multiplié par cent. Cette unité vaut 6,10 mètres à Brest. Un coefficient de 100 y correspond donc à un marnage de 6,10 mètres, ni plus ni moins.
Le résultat ne porte aucune unité. C’est un pourcentage déguisé, une manière de dire que cette marée pèse tant par rapport à une vive-eau d’équinoxe moyenne.
| Coefficient | Ce qu’il annonce |
|---|---|
| 20 | La plus faible marée possible |
| 45 | Morte-eau moyenne |
| 70 | Bascule entre mortes-eaux et vives-eaux |
| 95 | Vive-eau moyenne |
| 100 | Vive-eau d’équinoxe moyenne, référence de l’échelle |
| 120 | La plus forte marée possible |
Les deux bornes de l’échelle ne sont pas arbitraires. 20 correspond à la configuration astronomique la plus défavorable imaginable, quand la Lune et le Soleil se neutralisent au maximum. 120 traduit la situation inverse, alignement parfait doublé d’une Lune au plus près de la Terre. Entre ces extrêmes, la moyenne annuelle tourne autour de 70, valeur qui sert de frontière pratique entre les deux régimes.
Pourquoi tout se calcule sur Brest
La France a retenu Brest comme port de référence parce que l’onde de marée y arrive de l’Atlantique avec peu de déformation. Le chiffre calculé sur ce port reste valable, à peu de chose près, pour l’ensemble de la façade Manche et Atlantique.
Le SHOM porte cette mission depuis trois siècles. L’établissement descend du Dépôt des cartes, plans et journaux de la Marine, créé par un arrêt du conseil de la Marine du 19 novembre 1720. Devenu établissement public administratif en 2007, il publie les annuaires des marées et les atlas de courants qui font foi en France.

La mécanique astronomique derrière l’échelle
Deux astres tirent sur l’océan. La Lune, proche, domine largement ; le Soleil, énorme mais lointain, module. Leur position relative commande le coefficient, la météo du jour n’y change rien.
Quand la Terre, la Lune et le Soleil s’alignent, à la nouvelle lune comme à la pleine lune, les deux attractions s’additionnent. Cet alignement porte le nom de syzygie, et il produit les vives-eaux. Aux quartiers de lune, les trois corps forment un angle droit : les forces se contrarient, la mer bouge peu, ce sont les mortes-eaux.
L’effet ne suit pas immédiatement la cause. Sur les côtes françaises, environ trente-six heures séparent la syzygie du maximum de marée, un décalage que les marins appellent l’âge de la marée. La plus forte marée d’un cycle tombe donc un jour et demi après la pleine lune, jamais le soir même.
Trois régimes de marée dans le monde
- Semi-diurne : deux pleines mers et deux basses mers par jour, régime de la Manche et de l’Atlantique européen
- Diurne : une seule pleine mer et une seule basse mer par jour, cas rare de certains golfes et mers fermées
- Mixte : alternance irrégulière d’un jour à l’autre, fréquente sur les façades pacifiques
Le jour lunaire dure 24 heures et 50 minutes, contre 24 heures pour le jour solaire. Résultat ? Les horaires de marée glissent d’environ cinquante minutes chaque jour, et deux pleines mers successives se suivent à 12 heures 25 d’intervalle en régime semi-diurne. Un promeneur qui compte retrouver sa basse mer à la même heure une semaine plus tard se trompe de plusieurs heures.
Ce que le coefficient de marée ne dit pas
Le nombre est national, le terrain reste local. Un coefficient de marée de 95 déshabille des kilomètres d’estran en baie du Mont-Saint-Michel et déplace quelques dizaines de centimètres en Méditerranée. La profondeur du plateau continental, la forme de la baie et les résonances propres à chaque bassin font le reste.
| Secteur | Marnage aux plus fortes marées |
|---|---|
| Baie du Mont-Saint-Michel | 14 à 15 mètres |
| Baie de Saint-Brieuc | environ 13 mètres |
| Brest, port de référence | 6,10 mètres pour un coefficient de 100 |
| Méditerranée française | quelques dizaines de centimètres |
| Baie de Fundy, Canada | 18,5 mètres, record mondial |
Quatre informations manquent au coefficient pris seul :
- L’heure de la pleine mer, décalée de plusieurs heures d’un port à l’autre
- La hauteur d’eau réelle, exprimée en mètres au-dessus du zéro hydrographique
- La vitesse des courants de marée, commandée par les passages et les seuils
- Les conditions météorologiques attendues ce jour-là
L’annuaire du SHOM comble les deux premiers manques : il donne heures et hauteurs pour les ports de référence, avec les corrections à appliquer aux ports rattachés. Ce détail compte pour qui prépare une navigation le long des plus beaux ports de Bretagne, où deux mouillages voisins décalent parfois leur pleine mer de vingt minutes.

Lire une hauteur plutôt qu’un simple indice
Les hauteurs d’eau publiées par le SHOM se comptent au-dessus du zéro hydrographique, un niveau de référence calé sur les plus basses mers astronomiques du port. Les sondes portées sur les cartes marines partent du même zéro. Additionner la sonde et la hauteur prédite donne la profondeur attendue à l’heure choisie, un calcul qui décide d’un passage sur une barre ou d’un mouillage sur un haut-fond.
Entre deux étales, l’eau ne monte pas de façon linéaire. Les navigateurs appliquent la règle des douzièmes : sur les six heures de flot, la mer gagne un douzième du marnage la première heure, deux le deuxième, trois les deux suivants, puis à nouveau deux et un. Le milieu de marée concentre donc la moitié de la montée, et c’est aussi le moment où les courants portent le plus fort.
Quand la météo rebat les cartes
Le coefficient décrit l’astronomie, jamais l’atmosphère. Une dépression profonde soulève le niveau de la mer, un vent d’ouest soutenu pousse l’eau contre la côte, et la hauteur réelle dépasse alors la prédiction. Cet écart porte un nom : la surcote. Le phénomène inverse, la décote, vide les ports par temps anticyclonique et vent de terre.
La tempête Xynthia a livré la démonstration la plus dure. Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, le coefficient atteignait 102, une valeur forte mais observée plusieurs fois par an. Le marégraphe de La Rochelle-La Pallice a relevé une surcote de 1,53 mètre. La conjonction des deux a submergé des secteurs entiers de Vendée et de Charente-Maritime et fait 53 morts en France.
La leçon tient en une phrase : un gros coefficient ne suffit pas à créer une submersion, et un coefficient moyen n’écarte pas le risque. Météo-France publie pour cette raison une vigilance vagues-submersion qui croise marée prédite et conditions atmosphériques. C’est elle, et non le seul chiffre du calendrier, que vous devez consulter avant de descendre sur l’estran.
Les pratiquants du kayak connaissent bien cette nuance. Le courant dans un goulet ne se déduit pas du coefficient affiché, il se lit sur un atlas de courants, comme le rappellent nos conseils pour débuter le kayak de mer.

Grandes marées : les guetter au bon moment
Les coefficients les plus forts tombent aux alentours des équinoxes, en mars et en septembre, quand la géométrie du système Terre, Lune et Soleil atteint son efficacité maximale. La valeur 100 de l’échelle correspond exactement à une vive-eau d’équinoxe moyenne, ce qui explique le choix de ce repère.
Le 21 mars 2015, les côtes françaises ont connu un coefficient de 119, à un point du plafond théorique. La presse l’a baptisée marée du siècle. Un cycle astronomique long, d’environ 18,6 ans, module l’amplitude générale des marées et ramène ces valeurs extrêmes par séries.
Sur le terrain, un coefficient supérieur à 100 transforme le littoral pendant quelques heures :
- L’estran découvre des zones habituellement immergées, ce qui ouvre la fenêtre des sorties de pêche à pied
- Les passages vers certaines îles s’ouvrent à pied sec, puis se referment vite
- Les courants s’accélèrent dans les goulets, les chenaux et les entrées de port
- Les zones basses du trait de côte encaissent des niveaux d’eau élevés à pleine mer
Ce battement rythme aussi la vie biologique du littoral. Herbiers, champs de laminaires et vasières exondées deux fois par jour concentrent une part importante de la biodiversité côtière, une richesse que documente notre dossier sur les aires marines protégées en France. Les marcheurs du sentier des douaniers en Bretagne retrouvent le même paysage complètement changé entre deux passages, à six heures d’intervalle.
Prochaine étape : ouvrez l’annuaire des marées du SHOM pour votre port, notez les deux coefficients du jour, puis comparez la hauteur d’eau annoncée à celle que vous observez réellement sur la cale. Trois ou quatre relevés suffisent à comprendre le comportement de votre secteur, bien mieux que n’importe quel tableau général.


